Le choc du retour

par marie-michèle thibodeau et marika fortin-turmel


Durant l’été 2017, Marie-Michèle Thibodeau a accompagné un groupe de stagiaires Québec Sans Frontière, qui ont réalisé un projet en santé nutritionnelle dans la communauté de Pô, au Burkina Faso. C’est suite à l’attentat qui a touché la capitale burkinabé le 13 août dernier, survenu quelques jours seulement après le retour des stagiaires en sol canadien, que Marie-Michèle a partagé ce texte sur le choc du retour rédigé par l’une de ses stagiaires, Marika Fortin-Turmel.

10 semaines de nos vies se sont envolées sans même qu'on ait le temps de cligner des yeux. Je me revois attendre le groupe à l'aéroport avec un Issaka et un Youssouf aussi impatients que moi et déjà il est reparti. L'expérience a été exigeante pour tout le monde mais tellement riche. Le lendemain de leur départ, déjà ils me manquaient, 8 personnes en moins ça laisse un pas pire gros vide, disons.

Pour leur part, ils ont déjà vécu la joie des retrouvailles avec la famille et les amis, mais souvent ces moments de bonheur sont suivis d'un gros vide pour eux aussi. Un vide laissé par une expérience tellement significative qui est désormais derrière soi. Marika me parlait beaucoup de ce moment, avant même qu'il ne vienne. Elle l'anticipait, elle savait déjà que le départ serait difficile, au moins autant que l'arrivée lorsqu'elle a contracté la plus grosse turista du monde et que je lui flattais les cheveux pendant qu'elle faisait le foetus sur sa terrasse, entre deux gorgées de sels de réhydratation. La vérité c'est que le départ est souvent même pire que l'arrivée, et Marika a accepté de partager ça avec vous:

" On dit souvent « bonne arrivée » lorsqu’une personne arrive dans un lieu au Burkina, que ce soit la première fois qu’on met les pieds au pays ou simplement pour nous accueillir le matin au travail. C’est une formule d’usage de politesse. Mais pour ce qui est des départs, les Burkinabés ont souvent peu de mots. Peu de mots pour exprimer tous les sentiments que provoque chez eux un adieu, car cet au revoir final n’existe pas vraiment. Cette finalité est bien loin derrière l’espoir du retour et la certitude de revoir un visage qui leur est cher. Vous l’avez sans doute compris, mais lorsque l’on a quitté nos familles d’accueil, c’est ce sentiment qui dominait. Malgré les larmes de tristesse, nos mères et nos pères espèrent profondément nous revoir un jour. Parce que nous sommes leurs filles et leurs fils désormais. Nous sommes réellement devenus des enfants du pays des hommes intègres. Et cette deuxième peau culturelle nous collera longtemps, peu importe où nous sommes sur la planète.

C’est ce qui fait que le choc du retour au Québec est aussi dur et complexe. L’attachement hors du commun que nous éprouvons pour cet endroit, mais particulièrement pour les personnes qui nous ont accueillis durant presque trois mois, est plus vif que jamais. Comme si nous y étions encore, le lien Nassara-Kasséna est plus que solide. Il résistera au passage du temps, mais également aux affronts des attentats. Tentant de semer la terreur et de faire fuir les étrangers, ces attaques font peur. Elles tuent et terrifient, mais ne peuvent briser l’amour qui existe entre deux cultures, deux peuples.

La communauté authentique qu’est celle du Burkina Faso se relèvera comme elle l'a toujours fait. Nous la soutenons à distance, puisqu’il s’agit de nos sœurs, de nos frères, de nos amis, de nos parents. Nous aimons énormément notre deuxième famille et ne l’oublierons jamais. Le Burkina tatoué sur le cœur, nous sommes partis pour mieux entendre « bonne arrivée » à notre retour.

Anitché tougouni et mam nonga fo, Burkina Faso.

Traduction : À la prochaine et je t’aime, Burkina Faso (en mooré, la langue de l’ethnie principale du Burkina Faso, les Mossi)

Vous pouvez retrouver d’autres péripéties du groupe Québec Sans Frontières de Marie-Michèle sur son blogue personnel Facebook intitulé Marie chez les Mossis : https://www.facebook.com/mariechezlesmossis/