La Fourmilière

par Emmanuelle Lavoie


J’ai reçu un message de Liliane, mon accompagnatrice, me demandant une p’tite description de ce que pourrait bien être ma parfaite famille d’accueil. Hummm… c’est quand même toute une tâche, choisir sa famille. J’y ai pensé longtemps et, en bout de ligne, j’ai demandé une grosse famille très active. Et j’ai été servie. Je suis maintenant princesse au Burkina. Oui, oui, une princesse! Je fais partie de la famille Yaguibou, la grande famille royale de Pô. N’allez pas vous imaginer que je porte un diadème et que je vis dans un château. Non, j’utilise le fameux « trou », je tue des coquerelles et je dors sur des lattes de bois dans les craques de mon matelas. Bref, je vis la VRAIE vie burkinabée. Ma maison, c’est La Fourmilière. C’est un système social très complexe. On s’y perd facilement, il faut être à l’affût. Disons que l’entrée dans ma méga giga famille fut…stimulante?! Pour quelqu’un qui vit dans une famille de quatre normalement, mon nouvel environnement, qui inclut en moyenne 20 personnes, m’a un petit peu choquée. C’est lorsque tu subis tes premiers problèmes de digestion et que ta tante (ou peut-être sœur, mère, grand-mère) t’approche et te dit : « Emma, tu es allée sept fois aux toilettes ce matin; la santé, ça va? », que tu abandonnes l’idée d’avoir de l’intimité au Burkina Faso.

Les premières semaines, j’essayais d’apprendre les noms des 25 enfants vivant dans ma grande maison, de me faire comprendre et de saluer mes trois grand-mères. Ouf! Je ne savais plus où me mettre. Je ne comprenais juste pas comment interagir avec ces gens à la culture et à la langue si différentes des miennes. Je me blâmais beaucoup de mal m’inclure dans ma famille. J’étais persuadée que quelque chose allait de travers. Évidemment, je m’inquiétais pour rien. Les choses se sont finalement enlignées. Comme quoi le temps arrange tout. J’ai tranquillement compris que ce n’était pas seulement moi qui tentais désespérément de les comprendre; eux aussi essayaient de comprendre le curieux fonctionnement de ma personne. Ils savent maintenant que c’est normal lorsque je m’assois seule dans le noir chaque soir pour regarder le ciel étoilé du Burkina, que j’aime beaucoup faire ma vaisselle et mon lavage, et que je danse sur presque n’importe quoi. J’apprécie tellement le temps passé avec eux. Je me sens comme chez moi. Je me promène les pieds nus sur la terre rouge de ma cour. Je la connais bien, ma fourmilière, ses moindres recoins, les liens entre toutes les fourmis. Et j’y trouve maintenant ma place.


Légende: Emmanuelle, bien entourée de sa fourmilière.