Elections fédérales 2015 et politique étrangère
Alors que le scrutin approche à grands pas, certaines thématiques (plus ou moins) abordées dans cette campagne mobilisent directement le Comité de Solidarité/Trois-Rivières. La politique étrangère est en effet en lien direct avec les activités du Comité, avec par exemple la décision d'intervenir militairement ou non pour lutter contre l’Etat islamique. Pour en savoir plus sur les positions du Comité, elles ont déjà été données dans d’autres publications, ici ou là par exemple.
Pour rappel, les cinq principaux partis en lice pour gagner ces élections, déjà présentés dans un article précédent, sont représentés par:
Stephen Harper
Parti conservateur
Justin Trudeau
Parti libéral
Thomas Mulcair
Nouveau parti démocratique
Elizabeth May
Parti vert
Gilles Duceppe
Bloc québécois
Concernant la politique étrangère en général:
Le Parti conservateur dit:
-Vouloir poursuivre le travail en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine;
-Souhaiter maintenir l’Arctique comme priorité;
-Considérer l’Iran comme une menace, et donc vouloir continuer à soutenir les efforts de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour surveiller le pays.
Le Parti libéral souhaite:
-Vouloir mettre en avant la protection de l’environnement dans les relations canado-américaines;
- Rétablir la réputation du Canada comme pays juste et ouvert.
Le NPD maintient:
- Vouloir renforcer la présence canadienne dans les missions de maintien de la paix;
- Refuser de participer à des opérations militaires n’ayant pas obtenu le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU;
-Renforcer les efforts pour stopper le flux des armes, de fonds et de capitaux;
-Appuyer l’accord sur le nucléaire iranien.
Le Parti vert déclare:
- Vouloir renforcer la présence canadienne au sein des forces de maintien de la paix;
- Faire du Canada un leader international dans la lutte contre les changements climatiques.
Le Bloc québécois revendique de vouloir:
- Donner une voix au Québec sur la scène internationale;
- Favoriser le multilatéralisme et revenir au leadership d’il y a 40 ans;
- Rendre obligatoire l’assentiment du Parlement avant d’envoyer des troupes dans des zones de conflit.
Concernant la crise des migrants:
Le Parti conservateur a promis d’accueillir 10000 réfugiés syriens de plus sur quatre ans, portant le nombre total de réfugiés venant de Syrie mais aussi d’Irak à 23000 d’ici la fin 2018.
Le Parti libéral souhaite accueillir 25 000 réfugiés le plus rapidement possible, en plus et de verser 100 millions de dollars aux provinces pour les aider dans l’installation de ces réfugiés.
Le NPD a proposé d’accepter 10 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année, puis 36 000 d'ici 2019, soit 9000 par année.
Le Parti vert voudrait accueillir 50 000 réfugiés, sans donner de détail concernant les délais de mise en œuvre.
Le Bloc québécois juge nécessaire d’accepter dès à présent au moins 10 000 réfugiés.
Concernant l’intervention militaire du Canada contre l’État islamique:
Le Parti conservateur manifeste un soutien total à la «pertinence» de cette mission.
Le Parti libéral ne nie pas le rôle militaire canadien, mais pas en tête de file. Il souhaite donc rapatrier le contingent canadien, ne laissant sur le terrain que les conseillers militaires. Pour Trudeau, les forces occidentales causent «autant de trouble que ça en règle».
Le NPD s’oppose à la participation militaire canadienne contre l’État islamique.
Le Parti vert considère que les bombardements contre Daech sont "inutiles", rappelant que le régime de Bachar Al-Assad est beaucoup plus meurtrier que l’État islamique.
Le Bloc québécois est désormais pour une intervention militaire, alors qu’il avait initialement voté contre cette intervention.
Vous pouvez également consulter l'article de Radio Canada concernant le débat, organisé par Munk Debates, sur la politique étrangère, ou même l'ensemble des dossiers réalisés par Radio Canada sur les élections fédérales 2015.
Et si vous souhaitez en savoir plus sur le programme des candidats, notamment concernant les accords de libre-échange, les paradis fiscaux ou encore la taxe sur les transactions financières, nous vous invitons à consulter le travail réalisé par ATTAC Québec.
L’AQOCI a, quant à elle, fait parvenir une lettre aux candidats afin d’en savoir sur 6 enjeux importants pour l’aide au développement et la coopération. Le Comité attend la réponse avec impatience!
VOICI LA POSITION OFFICIELLE DU CS3R SUR LA CRISE SYRIENNEAccueillir à bras ouverts…mais encore?
Ce fut d’abord les drames humains vécus en Méditerranée sur des bateaux de fortune pleins à craquer de migrants fuyant un pays en proie au chaos et à la violence suite à l’intervention militaire en Libye de puissances occidentales, dont le Canada, pour chasser le dictateur Kadhafi. Et puis ces dizaines de milliers de réfugiés qui, cherchant à échapper à une abominable guerre que se livrent un régime honni et des rébellions capables de crimes immondes, tentent désespérément de passer les frontières des pays d’Europe de l’Ouest. Un conflit horrible qu’on a laissé pourrir ou, pire, encouragé en sous-main en laissant les pétromonarchies du Golfe alimenter en armes et en argent une guerre civile qui n’en finit plus.
L’été 2015 aura été marqué par une catastrophe humanitaire d’une ampleur exceptionnelle, celle des réfugiés et des migrants en quête de terres d’accueil pour survivre. La sensibilité démontrée en Europe comme au Québec et au Canada à l’égard de ces populations démunies témoigne de sentiments d’humanité et de solidarité qui nous honorent. Mais au-delà de la réaction immédiate de secours, il faudra bien tirer les leçons nécessaires pour éviter la reproduction de telles catastrophes humanitaires. Notamment faire le bilan des décisions politiques et des choix militaires que prennent en toute impunité les grandes puissances.
«Les problèmes actuels [la crise des migrants] sont la conséquence directe des interventions militaires occidentales de ces dernières années…Si la seule chose qu’on propose est plus de militaires, alors il faut s’attendre à devoir composer avec ce type d’enjeu humanitaire pour encore longtemps»,
Gar Pardy, ancien diplomate canadien, Le Devoir, 14 septembre 2015
À défaut d’être en mesure de mettre en place les conditions permettant de retrouver une quelconque stabilité politique dans ces pays devenus exsangues, les pays occidentaux, et nous en sommes, se doivent de faire preuve de compassion à l’égard d’hommes, de femmes et d’enfants jetés sur les routes ou embarqués dans des rafiots de la mort. L’ouverture de nos frontières à un nombre accru de réfugiés, et l’accélération des procédures pour leur accueil constituent le minimum «décent» que l’on puisse faire dans les circonstances. Mais cela ne suffit pas…
Si nous sommes incapables ou n’avons pas la volonté de faire un bilan lucide et rigoureux de l’impact et des conséquences des décisions politiques prises et des actions militaires entreprises, tout l’émoi causé par cette catastrophe sans précédent n’aura été, au-delà de la réponse humanitaire du moment, qu’une occasion ratée de plus sur le chemin de la paix et du développement. Ici au Canada, nous attendons des partis politiques qu’ils prennent des engagements fermes visant à contribuer à la diminution des inégalités dans le monde, facteur plus que propice à la multiplication des guerres et des conflits de toutes sortes.
Qu’en est-il de «la responsabilité de protéger»? Ce concept, énoncé en 2001 pour la première fois dans le rapport d’une commission instituée par le Gouvernement canadien, puis adopté en 2005 par les Nations Unies, veut que la responsabilité de protéger une population passe à la communauté internationale lorsqu’un État ne peut ou ne veut le faire. Comment expliquer la frilosité à agir du gouvernement actuel face à la catastrophe humanitaire qui se déploie sous nos yeux, lui qui s’empresse d’associer le Canada à des opérations militaires menées précisément au nom de cette responsabilité à protéger?
La crise des réfugiés démontre une fois de plus que la recherche de la paix, de la démocratie et du progrès social exige un effort constant et incessant. Commençons dès maintenant en ouvrant nos bras et nos frontières aux victimes innocentes de conflits au sein desquels les pays occidentaux ont, qu’ils le reconnaissent ou non, une certaine forme de responsabilité.
