Du 8 au 14 mars, Bush fait une tournée d’Amérique latine : il veut d’abord arracher des accords économiques bilatéraux puisque son plan d’un Accord de libre-échange des Amériques a échoué lamentablement. Il essaiera aussi d’emberlificoter des gouvernements considérés comme « de la bonne gauche », le Brésil et l’Uruguay, ainsi que les gouvernements néolibéraux de Colombie, du Guatemala et du Mexique, ceci dans le but de les empêcher de faire des alliances avec la « mauvaise gauche », sympathique à Cuba, nommément le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur.
La présence du gouvernement des États-Unis a deux bras en Amérique latine : un bras économique pour s’approprier les ressources stratégiques et un bras militaire pour contrôler et surveiller les sources d’insubordination. Bush fait le tour de ce qu’il considère sa cour arrière pour faire avancer sa stratégie régionale de militarisation de l’Amérique latine, subordonnée aux politiques de sécurité nationale étasunienne. Il cherche aussi à s’assurer le contrôle des ressources naturelles stratégiques et du commerce en général.
Il est préoccupé par le Mercosur qu’il aimerait bien diviser pour éviter la création d’un bloc d’intégration économique du Sud. Il cherchera à opposer le Brésil et l’Uruguay aux promoteurs les plus avancés de cette intégration économique régionale, le Venezuela et la Bolivie. Auprès des gouvernements de Colombie, du Guatemala et du Mexique, il est en terrain ami : il veut accentuer la pénétration des compagnies et des marchandises des États-Unis et les utiliser comme fer de lance contre le processus de libération en marche en Amérique du Sud.
Le point crucial de la tournée de Bush est la visite au Brésil où il a signé avec Lula un vaste plan pour le développement de la production d’éthanol à partir de la canne à sucre. Aussi, Bush voudrait renforcer la présence militaire américaine sur la Triple frontière de l’Uruguay, du Paraguay et du Brésil, où se trouvent l’immenses réserves d’eau douce. En Uruguay, il prévoit consolider un rapprochement commercial qui est en gestation depuis un an. En Colombie, il apportera son appui au gouvernement de Uribe qui est embourbé à cause de ses relations étroites avec les paramilitaires et il discutera de la façon de traiter avec le voisin équatorien Rafael Correa qui vient de d’annoncer que la base militaire américaine de Manta devra être fermée. Cette base était stratégique dans le Plan Colombia des États-Unis.
Au Guatemala, où auront lieu des élections en septembre, le triomphe possible de Rigoberta Menchu, autochtone, prix Nobel de la Paix, inquiète Washington. Le tout se terminera au Mexique où le gouvernement de Felipe Calderón est des plus instable. Il sera question des importations de main d’œuvre saisonnière et du mur de contention des immigrants illégaux, un irritant important entre les deux gouvernements.
Embourbé en Irak, Bush a délaissé la zone des Amériques durant un certain temps. Suite à ce voyage, les observateurs politiques de la région prévoient un durcissement des États-Unis face au gouvernement de Chávez et à celui de Morales et une intensification des activités de déstabilisation des forces progressistes.