Faire partie du monde : des textes nécessaires, une réflexion importante

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par julie verreault, membre du COMITÉ FEMMES ET DÉVELOPPEMENT DU CS3R

Dans les pays du Sud, davantage touchés par les changements climatiques, les femmes sont d’autant plus vulnérables qu’elles héritent souvent des rôles de soin de la famille : elles nourrissent les familles et vont chercher l’eau, par exemple. Les causes écologistes sont donc intimement liées aux causes féministes et aux droits des plus démunis. Ainsi, nombre de projets de coopération internationale s’inspirent de cette approche écoféministe en visant à la fois l’autonomisation des femmes et les différents enjeux environnementaux : l’eau, le carburant pour les cuisines, les déplacements de populations liées aux catastrophes environnementales et aux sécheresses.

Selon Valérie Lefebvre-Faucher, malgré tous ces obstacles liés aux changements climatiques, ce sont les femmes du Sud et celles parmi les plus groupes les plus défavorisés qui, les premières, ont développé des initiatives alliant écologie et féminisme et nous, pays du Nord, ferions bien de nous en inspirer. En effet, plusieurs mouvements innovants issus des communautés du Sud ou des peuples autochtones illustrent bien la diversité des besoins et des pistes de solutions qui viennent des femmes elles-mêmes.

Par exemple, on peut citer le Mouvement de la ceinture verte, organisation non gouvernementale fondée en 1977 par la Kenyane et lauréate du prix Nobel de la paix Wangari Maathai. Ce mouvement propose aux femmes de planter des arbres pour contrer la déforestation, mais aussi restaurer leur principale source de combustion, générer des revenus et stopper l'érosion du sol[1]. Un geste de protection de l’environnement donc, mais aussi d’autonomisation des femmes. La promotion et l'émancipation des femmes, mais aussi l'écotourisme, et le développement économique, sont inhérents au Mouvement de la ceinture verte.

Plus près de nous, nous avons vu naître en 2012 le mouvement Idle No More (Jamais plus l’inaction). Loin d’être la première, elle est pourtant la lutte la plus médiatisée menée par des femmes autochtones. En réaction à une loi qui brimait les traités ancestraux des communautés autochtones de l’ouest du Canada, le mouvement a depuis pris une ampleur nationale et des groupes d’actions ont éclos un peu partout au Québec et ailleurs au Canada.

Ces deux exemples ont d’ailleurs inspiré plusieurs initiatives semblables dans les pays occidentaux, ils ont aussi permis de faire entendre des voix tues depuis trop longtemps.

Le titre même du livre, Faire partie du monde, énonce ainsi que les Humains font partie d’un monde à prendre dans sa sa globalité (l’aspect écologique) et que les femmes doivent jouer un plus grand rôle dans les prises de décisions (l’aspect féministe).

L’essai de Marie-Anne Casselot [EC1] ouvre la discussion en répertoriant les différents courants écoféministes. On y voit un foisonnement d’idées et de causes toutes plus riches et importantes et qui remontent à plusieurs générations : un parallèle se crée avec l’immense diversité du vivant qui en fait sa force. Loin de souhaiter un message ou une voie unique, l’écoféminisme encourage la pluralité des voix et des angles et s’éloigne de la simplification propre à la domination de l’autre. De ces femmes qui luttèrent dès les années cinquante contre la nucléarisation de la société aux plus récents mouvements véganes et contre l’exploitation animale, on pourrait croire qu’il y a peu de lien.

Et pourtant, au contraire, il en procède de systèmes de production et de décisions qui découlent de cette même hiérarchisation du vivant. Supériorité de certains humains sur d’autres, des humains sur les autres espèces. Or, comme le souligne avec justesse Valérie Lefebvre-Faucher dans son essai Les priorités cachées, « l’écoféminisme (me) dit la vie d’abord, oui toute la vie ». Les notions de soin et de la vie, si rattachées aux rôles des femmes, s’étendent à toutes les autres questions essentielles, liées à la vie et la survie des espèces, dont la nôtre.



[1]Violynea et Natty, « Expliquez- moi l’écoféminisme | Simonæ » [archive], sur simonae.fr, 17 mars 2017


Plus de quarante personnes se sont déplacées à la librairie l’Exèdre de Trois-Rivières un mardi soir de février pour entendre Valérie Faucher-Lefebvre, éditrice, militante et auteure, parler des dix essais écoféministes rassemblés sous le titre Faire partie du monde, recueil paru aux éditions Remue-Ménage. Un succès qui en dit long sur le besoin de placer des mots sur ce que plusieurs pratiquent depuis de nombreuses années sans s’en rendre compte.