Cent ans d'agressions en Palestine

par claude lacaille

Le 2 novembre 1917, le gouvernement de Sa Majesté approuvait la déclaration de Lord Balfour adressée au richissime banquier juif Lord Lionel Walter Rothschild, grand financier du mouvement sioniste. « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui peut porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. »

Aux Juifs européens qui fuyaient en masse les pogroms de l’Europe de l’Est, ce document promettait de donner à « ce peuple sans terre une terre sans peuple ». Dans le document de Balfour, on ne mentionne pas l’existence du peuple palestinien, mais bien de collectivités non juives existant en Palestine. La Palestine serait « une terre sans peuple »!

À la fin de la Première guerre mondiale, les Alliés, réunis à San Remo en 1920, se répartirent les territoires de l’empire ottoman. La Grande Bretagne se vit attribuer un mandat sur la Palestine et la Mésopotamie : les populations locales furent mises en tutelle par les Européens. Le 21 juin 1922, la Chambre des Lords rejetait ce mandat, faisant remarquer que « le Mandat pour la Palestine, dans sa forme présente, est inacceptable pour la Chambre, parce qu'il viole directement les engagements pris par le Gouvernement de Sa Majesté envers le peuple de la Palestine [...], et qu'il est, dans sa forme présente, contraire aux sentiments et aux vœux exprimés par la grande majorité de la population de la Palestine. »[i] Pourtant, deux semaines plus tard, après une intervention de Winston Churchill, le parlement de Londres votait à forte majorité en faveur du mandat « d’assurer à la race juive du monde entier un foyer et un centre de vie nationale. »

Le 29 novembre 1947, les Nations Unies adoptaient la résolution 181 concernant la Palestine: elle prévoyait la fin du mandat britannique et la création de deux États : un État juif occupant environ 55% du territoire fut créé en 1948. L’État arabe se voyait attribuer la Cisjordanie et la Bande de Gaza, environ 40% du territoire palestinien. Cet État ne verra jamais le jour. Entre novembre 1947 et 1949, plus de 750 000 Palestiniens ont fui ou ont été chassés d’Israël : seulement 150 000 sont demeurés. Plus de 500 villages palestiniens ont été détruits. L’ONU comptait plus de 5 millions de réfugiés palestiniens en 2014.

Oui, le centenaire de la Déclaration de Balfour est à l’origine d’une injustice qui s’éternise et qui, guerre après guerre, continue de semer la dévastation, la misère et l’apartheid sur une terre que l’on continue d’appeler cyniquement la Terre Sainte. En solidarité avec le peuple palestinien, chaque année, nous faisons mémoire de cette grande catastrophe.



[i] Rachad Antonius, Cent ans depuis Balfour: les élites britanniques savaient bien quelles en seraient les conséquences, Blogue, HuffPost 21/11/2017