Les oublié-e-s du désert

par alice grinand.

Alors que les questions d’autodétermination de la Catalogne ont récemment occupées de nombreuses pages de l’actualité internationale, non loin de là, le Sahara occidental, lui, se fait discret. Pourtant, la « dernière colonie d’Afrique » est au cœur d’un conflit qui ne dit pas son nom avec le Maroc, et ce, depuis plusieurs décennies.

Le Sahara occidental et ses quelque 540 000 habitant.e.s, situé au nord-ouest de l’Afrique, est au cœur d’un enjeu territorial avec le Maroc. Ce dernier le considère comme partie intégrante de son territoire, tandis que le Front Polisario, considéré par l’ONU comme le « représentant du peuple sahraoui », réclame l’indépendance du territoire, soutenu notamment par le voisin algérien.

Un conflit de plus de 40 ans

Au sortir de la colonisation espagnole en 1976, la région se voit annexée par ses deux voisins, le Maroc et la Mauritanie. Cette dernière se retire toutefois en 1979. Le Front Polisario, mouvement de libération nationale du Sahara occidental créé en 1973, s’oppose au gouvernement marocain et proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1976, dont le gouvernement est en exil en Algérie. Un mur de sable érigé par le Maroc traverse le Sahara occidental et sépare les zones occupées, représentant 80% du territoire comprenant les zones les plus fertiles et l’accès à la mer, et celles sous l’influence du Front Polisario, dans le désert saharien.

Les tensions ne se sont jamais complètement apaisées, bien qu’un cessez-le-feu soit en vigueur depuis 1991. Une mission de l’ONU, la MINURSO, est depuis déployée, afin d’observer ce cessez-le-feu et de faciliter l’organisation éventuelle d’un référendum qui permettrait aux Sahraouis d’exercer leur droit à l’autodétermination. 27 ans plus tard, ce vote n’a toujours pas eu lieu, et la question du Sahara occidental, dernier territoire non autonome d’Afrique, n’est toujours pas résolue. Des dizaines de milliers de Sahraouis vivent en exil dans des camps de réfugiés près de Tindouf, en Algérie, tandis que celles et ceux restés en territoire occupé souffrent de nombreuses violations des droits humains et de discriminations.

La «non-solution», une solution?

L’enjeu est évidemment économique; le territoire sahraoui contribuant grandement aux recettes d’exportation du royaume marocain. Le Sahara occidental est en effet pourvu de nombreuses ressources. Ainsi, avec ses 1200 km de côtes et des eaux parmi les plus poissonneuses au monde, 78% des captures de pêche considérées comme marocaines proviennent du territoire disputé.

Le 10 janvier dernier, un accord de pêche entre l’Union européenne (UE) et le Maroc était jugé invalide par la Cour de justice de l’Union européenne. Le motif invoqué? La violation du droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Car si les pays reconnaissant le Sahara occidental comme entité nationale souveraine sont minoritaires, l’ONU n’a néanmoins jamais reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire sahraoui. Cette décision de justice interroge le statut juridique de ce territoire. Néanmoins, est-ce que cette décision permettra un relancement d’un réel processus pour l’autodétermination du peuple sahraoui ? Il est possible d’en douter.

Car qui osera élever la voix contre ce statu quo ? Dans la poudrière que représente aujourd’hui cette région du monde, non loin du brasier laissé par la chute de Kadhafi en Libye, la question semble très inflammable.

Légende : Au Sahara occidental, un mur de sable de 2700km, construit par le Maroc, sépare les zones occupées du reste du territoire. La situation des Palestinien.ne.s et des Sahraouis semblent souffrir de nombreuses similitudes. Mince consolation pour les premiers, qui bénéficient néanmoins de nombreux mouvements de solidarité à travers le monde.

Crédit : AFP PHOTO PATRICK HERTZOG