Corruption : un fléau moderne

par christophe noualhat

La corruption est une action qui se perpétue à deux : un corrompu qui obtient une rétribution, souvent de l’argent, en échange de sa complaisance, et un corrupteur, qui va obtenir un avantage en soudoyant une (ou plusieurs) personnes. La corruption gangrène les plus hautes sphères de nombreux pays en prise contre l’extrême pauvreté. Christophe Noualhat, qui a vécu plusieurs années à Madagascar, nous livre ici son opinion sur ce fléau qui touche particulièrement la Grande Ile.

Lorsque l’on entend le mot « corruption », on s’imagine plusieurs choses : la corruption de bas étages, celle du policier qui va vous laisser passer contre un petit billet ou bien la corruption en haut lieu de fonctionnaires touchant des mallettes de billets tel un James Bond en échange d’une autorisation de s’approprier des terres, de miner le sous-sol, le déforester, ou de monter un hôtel de luxe sur une plage protégée.

La petite corruption peut être éliminée, purgée par des forces politiques volontaires, elle peut être réduite à un minimum acceptable par la société et dont la nocivité ne sera qu’anecdotique. La corruption individuelle est nuisible, mais elle n’est rien à côté de la corruption généralisée qui touche nombre de pays en voie de développement comme celle qui sévit à Madagascar.

Sur l’index de perception de la corruption 2016 de « Transparency International », Madagascar est au 145e rang sur 176 pays avec un score de 26/100 (de 0 : corruption extrême à 100 : pas de corruption), ce qui en fait l’un des pays les plus corrompus au monde.

Malgré une volonté affichée de lutter contre la corruption devant les instances internationales, les différents efforts de ces dernières années n’y ont rien fait. Madagascar s’enfonce dans les index et s’enlise dans la corruption généralisée.

Cet état de fait, je me le suis fait conter lors de mon arrivée à Madagascar en 2012 mais avait du mal à le croire. Des personnes installées depuis des décennies me parlaient de « Pays sous perfusion » et « d’assistanat généralisé ». Après près de cinq années sur place, force est de constater que le bon mot du Général de Gaulle prenait tout son sens : « Madagascar est, et sera toujours, un pays d’avenir »

Du plus humble Malgache dans la rue au plus haut fonctionnaire de l’État, réclamer de l’argent est une habitude. Il est extrêmement simple pour un nanti de se voir octroyer des faveurs de voir ses dossiers avancer plus rapidement, ses erreurs de conduite pardonnées en échange d’un petit billet glissé discrètement dans le passeport.

Dès l’arrivée à l’aéroport de Tananarive, la capitale de Madagascar, on peut voir le balai des voyageurs et des douaniers s’échangeant faveurs contre billets. En ville et sur les routes de campagne lors de contrôles routiers l’habitude persiste et les écarts de conduite, les entorses à la réglementation routière, les surcharges de voyageurs dans les transports en commun, ou les défauts mécaniques des véhicules sont bien vite oubliés par la gendarmerie en échange d’un petit billet.

Lors de la lecture de journaux, on se rend bien compte que cela ne s’arrête pas là. Quand les journalistes s’indignent du trafic de bois de rose, strictement interdit par les conventions internationales, se perpétuer par conteneurs entiers transférés sur des navires au large des côtes à la vue de tous et sans être inquiétés, tout le monde est conscient que cela ne peut pas se faire sans l’assentiment des autorités locales.

Malgré cela, la majorité de la population locale regrette cet état de fait et s’en passerait bien, car comme bien souvent c’est une minorité qui en profite au détriment de la majorité. La majorité des Malgaches sont d’honnêtes gens qui vivent tant bien que mal. Pour eux, cette corruption généralisée est une plaie. Ce sont eux principalement qui en font les frais. Du policier leur réclamant un petit billet à l’employé de l’école dans laquelle ils souhaitent inscrire leurs enfants qui leur réclament une contribution afin de traiter leur dossier en priorité. Des fonctionnaires du service des eaux ou de l’électricité, la fameuse « JIRAMA » pour qui a la chance de connaître Madagascar, qui fera passer leur demande de raccordement en priorité contre le versement d’une obole, à l’avocat qui réclamera parfois plus de 5000 $ pour fournir un visa de résident à vie en dépit de toutes les réglementations sur l’immigration.


LÉGENDE : Le commerce du bois de rose, interdit par les conventions internationales, se poursuit néanmoins. À qui la faute ?




Mais les personnes corrompues sont-elles les grands méchants que l’on peut imaginer en lisant ces lignes ?

Pas forcément.

Pas toujours.

La corruption démarre à la base et toujours d’un besoin de s’en sortir dans un pays de plus en plus pauvre.

Parfois, dans un village tout monde se cotise pour aider un enfant plus brillant que les autres afin de lui permettre d’entrer dans une école d’administration, police, qui lui permettra d’avoir un emploi stable, même s’il est mal payé.

L’argent collecté par le village lui permettra d’aller à la grande ville et parfois de soudoyer la bonne personne afin d’obtenir son diplôme. Une liste non officielle des diplômes et de leurs tarifs est disponible à qui sait demander. Pour qui le diplôme docteur ? Pour qui le diplôme d’avocat ? Pour qui le diplôme de policier ou de commissaire ?

À chaque diplôme son tarif, dépendant du salaire à venir.

Bien évidemment, pour un village, se cotiser est un investissement sur l’avenir. Celui qui a eu la chance de se voir offrir un diplôme devra le rembourser plus tard. Notre policier fraîchement diplômé grâce à la cotisation d’un village entier devra rembourser petit à petit cet investissement en prenant sur son salaire.

Pour l’étranger souhaitant s’installer à Madagascar, où tout est « plus facile » et où il y a toujours moyen de « s’arranger », la tentation est forte de distribuer quelques petits billets par-ci par-là aux fonctionnaires ou aux policiers afin de pouvoir passer les contrôles, d’avoir un petit avantage sur la concurrence, ou encore d’échapper à la justice.

Pour qu’il y ait des corrompus, il y a besoin de corrupteurs. En préférant, ou non, la solution de facilité chacun de nous est acteur dans ce grand jeu. En ne proposant pas un petit arrangement et en refusant d’entrer dans ce jeu lorsque cela nous est proposé, chacun et chacune peut lutter, à son niveau, contre la corruption. Sans clients pas de fournisseurs.