Vivre autrement pour changer le monde

par arielle paiement

Vivre en accord avec ses principes et ses valeurs, c’est ce qui animent les habitant-e-s des communautés intentionnelles, qui se proposent comme des solutions pour vivre autrement.


Des valeurs communes

Le Manoir est une communauté intentionnelle québécoise à revenu partagé, installée en Gaspésie. La communauté a fêté ses 2 ans en septembre dernier, et regroupe présentement 5 membres. Elle est née, entre autre, de l'aspiration d'une alternative au système social et économique qu'est le capitalisme mondialisé. Elle est née aussi de l'espoir de vivre des relations harmonieuses, de partager, de jouer, de libérer du temps pour vivre. Le projet porte la vision d'un monde plus juste, plus démocratique, plus équitable. Promouvoir, incarner et vivre nous-mêmes l'alternative, du mieux que nous le pouvons et en affrontant nos propres contradictions, c'est notre façon d'ouvrir une brèche dans le monolithe.

Par le partage du travail et de ses fruits, ainsi que de la propriété et des moyens de production, nous remettons en question les principes d'appropriation et d'accumulation. En développant notre autonomie et notre résilience, par la production et la transformation de nos aliments, ainsi que par une réflexion sur notre consommation énergétique et sur les possibilités de développer une certaine indépendance énergétique, nous souhaitons dans la mesure du possible nous affranchir d'un système de consommation et de marchandisation construit sur l'exploitation des humains et de la nature. Par le partage du pouvoir au travers d'un mode de prise de décision par consensus, et l'intégration et l'utilisation d'outils de communication et de gestion de conflit pour faciliter ces échanges, nous marchons le chemin vers des relations égalitaires. Par la célébration de petits et grands moments, la créativité, le partage de l'abondance, nous nourrissons la connexion à soi, aux autres et à la nature.

Le partage de revenu est en fait le partage du travail et de ses fruits, car la contribution au collectif, ce n'est pas tant l'argent que le temps: faire la cuisine pour tout le monde, faire le ménage, réparer la tondeuse ou pelleter l'entrée, ça compte, de même le soin aux enfants et aux malades. Sachant que ce genre de travail dit "invisible" est en majorité porté par les femmes dans nos sociétés, le fait de le reconnaître pleinement est une mesure féministe et égalitaire.

La Fédération des communautés égalitaires

Notre communauté est membre en dialogue de la FEC, la Fédération des communautés égalitaires, laquelle existe depuis plus de 30 ans et regroupe maintenant une douzaine de communautés à partage de revenu, principalement aux États-Unis. La FEC a 7 principes de base dont le partage de la terre, la non-violence, un mode de prise de décision égalitaire, et l'égalité et la non-discrimination.

Le réseau de communautés que représente la FEC a permis de mettre sur pied des formes de solidarités importantes entre les communautés. Entre autres, un fond auquel chaque groupe contribue, et qui permet, comme une sorte de police d'assurance, de se prémunir contre les aléas que pourraient subir une communauté ou un de ses membres. Ce fond est maintenant bien garni, et permet de financer de projets qui demandent de gros investissements, comme de nouveaux bâtiments. Enfin, le réseau permet également aux membres de voyager entre communautés intentionnelles, grâce à l'échange de temps de travail, et assume les frais de déplacement.

Plusieurs outils sont aussi en train d'être développés, pour pouvoir offrir un soutien à des communautés en démarrage, ou qui voudraient faire une transition vers la forme du partage de revenu.

En pratique

Un mode de vie "simple" (même si c'est parfois plus compliqué!), en plus d’avoir un impact environnemental réduit, est également cohérent avec notre volonté d'autonomie par rapport à un système économique basé sur la consommation, et nous permet de développer de nouvelles compétences ou de nouveaux outils, ce qui nous rend plus résilient comme groupe. Ainsi, le simple fait d'avoir un mode de vie partagé permet de diminuer drastiquement l'impact de chacun-e de nous sur l'environnement.



Crédit dessin : Judith Henrion

Légende : Le Manoir, une alternative contre le capitalisme mondialisé





Le fait d'habiter à plusieurs et de partager nos ressources et le fruit de notre travail facilite nos démarches pour nourrir sainement et localement : nous mangeons prioritairement ce que nous récoltons de notre ferme maraichère biologique par exemple.

Évidemment, nous portons des valeurs qui nous amènent à transformer nos pratiques afin de diminuer encore plus l'impact sur notre environnement. Voilà pourquoi un des critères de sélection de la terre était d’être situé à une distance réaliste du village pour favoriser le transport actif. Nous avons aussi, entre autres, élaboré un guide d'achat pour éviter les achats compulsifs et favoriser des choix responsables.

Le prochain pas

Il existe toute une diversité de projet de vie partagée, à différentes échelles, et vous pouvez certainement trouver celle qui vous convient.

La formule éco-village par exemple, permet à chaque ménage d'être propriétaire de son terrain, et d'être autonome dans la gestion de ses revenus et de ses dépenses, tout en offrant un voisinage convivial et solidaire très intéressant, de même que la possibilité de partager des ressources et des projets selon la volonté de chacun-e. Au Québec, la Cité Écologique de Ham-Nord et le Hameau 18 sont des exemples d'éco-village bien établis et florissants.

La formule des cohabitats est une version souvent plus urbaine, où chaque ménage est propriétaire de son unité d'habitation (appartement ou maison de ville). Un peu comme des condos, mais avec des bâtiments, des espaces et des ressources en commun! Le projet Cohabitat Québec est très inspirant sur ce plan!

Enfin, toute sorte d'exemples de mise en commun existent à une autre échelle, comme des bibliothèques d'outils, des jardins collectifs ou communautaires, des voitures en partage, des réseaux d'échanges de biens ou services, des groupes d'achat de nourriture en vrac, des coopératives d'habitation, et tant d'autres encore. Cette diversité permet à toutes-tous et chacun-e de s'engager dans la création, le maintien et le développement de réseau de solidarités qui créent des brèches dans le système, ainsi que de soutenir des initiatives qui permettent de diminuer son impact sur l'environnement par la mise en commun de ressources.