Pour une éducation humaine

Par Thibault finet, secteur des communications du CS3R

La psychoéducation est la science de la psychologie appliquée au développement de l’individu. Apparue au Québec dans les années 1950 grâce aux travaux de Jeannine Guindon et de Gilles Gendreau, la psychoéducation avait initialement pour mandat de «rééduquer» les jeunes en difficulté dans le contexte de la laïcisation du pays. Par la suite, la psychoéducation s’est ouverte aux autres problématiques de l’adaptation humaine : déficience intellectuelle, trouble de l’autisme, santé mentale, rupture sociale, etc. Nous proposons ici quelques principes de la psychoéducation à appliquer de façon générale à une éducation centrée sur la personne.

Comprendre l’individu en fonction de ses besoins

Si l’on veut plaider pour un système d’éducation plus inclusif, plus humain et moins axé sur la performance, il faut d’abord changer notre regard sur l’être humain. À cet égard, citons l'approche de la psychologie humaniste d’Abraham Maslow. Pour lui, chaque personne est constamment en train de chercher le moyen de combler ses besoins. Ces besoins sont eux-mêmes hiérarchisés en une pyramide dont chaque échelon est un préalable au suivant : besoins physiologiques (boire, manger, dormir, éliminer, avoir une sexualité, etc.), viennent ensuite le besoin de sécurité (affective, se sentir protéger), le besoin d’amour et d’appartenance (avoir des relations avec les autres, être aimé), puis le besoin d’estime (être reconnu et se sentir utile) et enfin le besoin d’actualisation (devenir la meilleure version de soi-même, développer ses connaissances, ses valeurs, sa philosophie de la vie). Dès lors, l’éducatrice ou l’éducateur pourra comprendre qu’une personne n’ayant pas les moyens de combler ses besoins de base (physiologiques et de sécurité) vit dans un état de souffrance ne lui permettant pas de faire des apprentissages de type cognitif.

Les intelligences multiples

Une autre idée de la psychoéducation est que nous n’avons pas toutes et tous la même façon d’apprendre, en ce sens que chaque cerveau privilégie un mode d’apprentissage plutôt qu’un autre. La théorie des intelligences multiples de Gardner propose 8 intelligences qui sont autant de différences entre les personnes. Ainsi, Gardner a défini les intelligences spatiales, musicales, interpersonnelles (intelligence sociale), intrapersonnelles (intelligence de soi), naturalistes (intelligence du monde vivant), kinesthésique (intelligence du corps), logico-mathématique et enfin verbolinguistique. Selon cette classification, on voit comment le système scolaire privilégie indiscutablement les intelligences logico-mathématiques et verbolinguistiques. De cette façon, les élèves qui ont le cerveau «branché» sur l’intelligence du calcul, de l’abstraction conceptuelle, de la lecture, de l’expression verbale et écrite sont alors suravantagés par rapport aux autres.

Une attitude d’ouverture d’esprit

Souvent, la psychologie est considérée comme une science complexe qui repose sur un jargon de spécialiste et des concepts qu’il faut «connaître». Heureusement, nombre de ressources se trouvent naturellement en nous. Par exemple, nous avons toutes et tous une capacité d’empathie, c’est-à-dire une faculté de nous mettre à la place de l’autre et de comprendre sa réalité. Cette posture mentale et affective est différente de la sympathie qui est le fait de vivre les émotions de l’autre. La réelle sollicitude empathique permettra à l’éducatrice d’accéder à la tolérance et transiger avec les jeunes.

Accompagner des jeunes ou toute personne adulte dans une démarche d’apprentissage, c’est lui faire confiance, c’est croire profondément dans son potentiel et être convaincu qu’elle est compétente dans son éducation. Cela s’appelle la bienveillance. Ne pas croire en un tel postulat mène l’éducatrice ou l’éducateur vers la fatigue et la condescendance; attitudes qui ont produit les relations hiérarchiques entre l’apprenant et l’élève que nous connaissons dans l’enseignement judéo-chrétien traditionnel.

Alors, la meilleure façon d’actualiser ces attitudes dans une pratique éducative au plus près de la personne ne serait-elle pas d’avoir une bonne dose de créativité? Certes oui! La créativité est le meilleur moyen de se réinventer et d’innover en tant que pédagogue. On a vu ces dernières années de nouvelles pistes d’enseignement telles que les classes inversées. Dans ces classes, les élèves s’approprient à la maison la théorie par le biais des nouvelles technologies (capsules vidéo, baladodiffusions, lecture ou autre) puis actualisent en classe leurs connaissances dans des activités collaboratives, c’est ce que l’on appelle les savoirs expérientiels.

Évidemment, ce serait une gageure de dire que ces nouvelles pédagogies représentent la réponse absolue à toutes les difficultés d’apprentissage et aux iniquités sociales, telles que la question du décrochage scolaire des garçons et des populations défavorisées, mais elles véhiculent des valeurs de collaboration, d’espoir et d’humanisme dont nous avons tant besoin pour construire une société plus juste, plus démocratique.


L’étudiante américaine de 5e année Kate Thaxton enlace sa collègue de 1ere année Navya Walyat lors d’une classe inversée scientifique. Southfield School 2018. Photo libre de droit.