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Déclaration de Kay Fanm en Haïti à l’occasion de la Journée internationale contre la violence envers les femmes

Après plus de 20 ans de lutte des organisations de femmes pour parvenir à poser dans l’espace publique la problématique de la violence spécifique à l’égard des femmes et des filles, à l’occasion de la Journée Internationale contre la violence envers les femmes, certaines personnes se posent la question suivante : y a-t-il encore quelque chose d’autre à dire sur ce sujet ?

Nous, à Kay Fanm, répondons que oui ! Il y a encore beaucoup à dire et beaucoup de choses doivent continuer à être dites sur la violence spécifique envers les femmes et les filles.
 
Depuis plusieurs années, diverses organisations publient régulièrement des informations sur le nombre de femmes et de filles confrontées à ce grave problème sociale. Ces chiffres ne sont pourtant que l’arbre qui cache la forêt, puisque la majorité des cas de violence sont vécues dans le silence, n’est pas dénoncé et ne fait pas l’objet de plaintes. Le message que Kay Fanm entend continuer à véhiculer à l’occasion de ce 25 novembre, vise à expliquer les statistiques enregistrées et surtout à expliquer pourquoi tant de femmes et de filles sont violentées.
 
Outre les données collectées par d’autres organisations, pour la période 2007-2008 Kay Fanm a enregistré et traité de son côté 3 393 cas de violence. Les victimes ont été accompagnées par l’organisation pour obtenir des soins médicaux, de l’assistance psychologique, des recours judiciaires, de l’hébergement temporaire et surtout un accompagnement afin de les aider à recouvrir la confiance en soi et d’être en mesure de reprendre le contrôle de sa vie.
 
Au niveau national, pour la période 2007-2008, environ 7 000 femmes et filles ont rapporté des violences subies. Les informations attestent d’une augmentation des cas. Pourtant, le silence est gardé dans la plupart des cas à cause de la peur et de la honte éprouvées par les victimes et leurs familles.
 
Si davantage de dénonciations et de plaintes sont enregistrées, c’est parce qu’il y a des organisations de femmes qui portent assistance aux femmes et aux filles violentées. C’est aussi parce que des institutions étatiques font des efforts pour jouer leur rôle. Parmi ces institutions, il y a lieu de citer, le Ministère à la condition féminine, la Police et la Justice. Ainsi, au fur et à mesure que l’Etat et la société civile refusent la violence envers les femmes, plus de cas seront enregistrés, car les victimes seront encouragées à rapporter les violences subies. Mais ce que nous visons, c’est l’éradication de cette violence.
 
Nous n’aurons de cesse de répéter qu’être chef ne signifie pas démontrer que l’on détient le pouvoir de la force. Les hommes ne sont pas les chefs des femmes. Les hommes ne sont pas supérieurs aux femmes. Nous le répèterons encore et encore et nous persévérons dans nos actions afin d’amener la société à adopter une autre conception des rapports entre les hommes et les femmes, afin de déraciner dans la tête des individus, hommes et femmes, les perceptions négatives des femmes. C’est seulement lorsque la société, dans son ensemble, parviendra à se départir de ces conceptions erronées que nous cesserons d’enregistrer des statistiques en augmentation sur la violence contre les femmes. C’est alors que le problème sera résolu.
 
Le rapport de Kay Fanm produit pour la période 2007-2008 présente les cas de violence enregistrés et traités, fournit des informations sur les auteurs des agressions et sur les victimes, sur les accompagnements offerts, sur les procès tenus et sur les interventions réalisées en faveurs des enfants abusés et maltraités. Le rapport fournit également des informations sur le cadre légal relatif à la violence spécifique envers les femmes et les filles.
 
Nous souhaitons que toute personne, homme et femme, qui accède à ces informations interviennent dans la mesure de ses capacités pour contribuer à la lutte contre la violence. Informer les femmes et les familles sur l’existence des structures d’accompagnement est une chose très importante. Chaque geste compte pour parvenir à contrer la violence de genre.

Combattre la violence envers les femmes et les filles est un devoir civique !

Les femmes et les hommes doivent remplir conjointement ce devoir pour éradiquer cette violence !

Port-au-Prince, le 25 novembre 2009

Pour Kay Fanm

Magalie Marcelin, Responsable de plaidoyer

kayfanm.info/




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