Le Comité de Solidarité/Trois-Rivières pleure la mort d’une grande amie et de l’une des collaboratrices de première heure de notre partenariat avec les organisations haïtiennes; Magalie Marcelin. Nous offrons nos plus sincères condoléances à la famille de Magalie, à ses proches, ainsi qu’à toute l’équipe de Kay Fanm. Nos pensées et notre solidarité les accompagnent.
Magalie Marcelin a trouvé la mort dans le séisme qui a secoué Port-au-Prince. Exilée à Caracas sous le régime Duvalier dans les années 80, elle obtenait par la suite un doctorat en droit à l’Université du Québec à Montréal. Après la chute du dictateur en 1986, elle retournait se mettre au service de la cause des femmes haïtiennes.
Elle fonde alors Kay Fanm (la maison de la femme) pour la défense des droits des femmes victimes de violence. C’est une maison refuge où les femmes violentées peuvent être accueillies pour un court séjour. Magalie les écoute et prend leur défense juridique. Avec son aide, les femmes dénoncent leur agresseur qui est poursuivi en cour. Par ses plaidoyers, elle réussira à faire criminaliser la violence faite aux femmes jusque là banalisée.
Militante, son action est de tous les niveaux. Elle accompagne personnellement les femmes et les défend au tribunal, rédige des projets de lois qui seront approuvés au parlement, soutient les travailleuses du secteur populaire. Son dernier projet de loi voulait qu’on autorise Kay Fanm à représenter les jeunes filles de moins de 18 ans victimes de viol qu’elle héberge dans la maison REVIV (revivre).
« Une toute petite femme avec une grosse voix grave, qui parlait lentement et avec conviction. Mais quand elle s’enflammait, c’était une véritable bombe qui secouait l’auditoire et soulevait l’adhésion des gens. Une femme de feu », me confie Annie Lafontaine (sur la photo avec Magalie), une militante du Comité de Solidarité/Trois-Rivières, partenaire de Kay Fanm.
Haïti s’en sortira. « Pitit sé richès maléré » dit avec aplomb le proverbe : les enfants sont la richesse du pauvre. Des Magalie Marcelin, il y en a des milliers dans ce petit pays. Des femmes et des hommes qui luttent au quotidien aux côtés des paysans et paysannes de l’arrière-pays, qui alphabétisent, mettent sur pied des médias alternatifs, travaillent à améliorer le sort de la petite paysannerie, à reboiser les mornes. Ce sont des géantes et des géants de la solidarité. Ensemble, ils sont invincibles. C’est sur de telles personnes que l’on doit compter pour la reconstruction. Magalie vit pour toujours!
par Claude Lacaille
J'ai connu Haïti en 1999 à travers les yeux de personnes passionnées et engagées activement dans les actions de changement social. Magalie était l'une d'elle... et non la moindre.
Cette femme énergique et déterminée a toujours cru en l'avènement d'une nouvelle Haïti. Son amour pour son pays était inconditionnel. Elle m'a toujours parue indestructible. C'est peut-être pour cette raison que je crois difficilement à sa mort.
Magalie a tissé des liens de solidarité entre les femmes d'Haïti et les femmes du Québec. Elle a consacré sa vie à la construction d'un monde plus juste pour les femmes et les démunis.
Magalie, femme libre, femme de parole, femme de courage et d'action, ta lumière va continuer à éclairer notre voie pour toujours
Denise Caron
Lettre à une grande militante, à une grande amie et à une grande haïtienne
Chère Magalie,
Tu es de celles qui marchent debout dans l’histoire.
Tu auras choisi les chemins de la justice, du droit et de la dignité pour devenir la grande femme que j’ai connue. Je pleure et je suis dévasté par ta mort. Dans ma tête, des images et ta voix qui appuient les femmes dans leurs démarches pour retrouver le pouvoir et faire reculer la violence. Je te vois, accroupie à la hauteur des enfants, donner des soins pour les cœurs brisés. Je t’entends prononcer un discours de droits et libertés un premier mai 2008 où des jeunes des quartiers les plus pauvres de Port-au-Prince applaudissent le courage de tes mots.
Je te revois à la table de travail pour préparer une proposition de projet pour permettre à Kay Fanm de continuer à relever le défi de sa mission.
Je te revois fatiguée, exténuée parce que trop de nuits sans sommeil…à travailler, à réfléchir, à tout lire…
À la table de l’amitié, tu étais présente…toujours là…sans te faufiler devant les débats, les questions difficiles, les contradictions…et quoi dire des grandes discussions politiques interminables.
Magalie, je pleure…je ne veux pas croire à ta mort.
Je t’aime, voilà tout.
Denis Labelle