Claudette Carbonneau, présidente de
la CSN échange sur les femmes à l'emploi de l'État dans le contexte des négociations dans le secteur public.
«Le 8 mars, c'est l'occasion d'une réflexion sur les problèmes spécifiques de celles-ci; les difficultés qu'elles rencontrent sur le marché du travail doivent être prises en compte. Il y a donc lieu de regarder les grandes batailles qui se livrent aujourd'hui dont une, tout à fait significative, qui se déroule présentement au Québec.»
«Le secteur public québécois, sur le plan de la main-d’œuvre féminine, représente 20 % des femmes qui sont sur le marché du travail; il y a là un caractère d'exemplarité et un miroir assez révélateur de celui-ci. C'est un secteur qui est hautement féminisé avec 74 % des effectifs qui sont des femmes; dans le cas de la santé et des services sociaux, c'est 80 % des personnels, dans celui des commissions scolaires, c'est 75 %, dans celui des collèges, 56 %, et dans celui de la fonction publique, 58 %. Le taux moyen de féminité n'en demeure pas moins à 74 %, ce qui n'est pas rien.» Un chiffre assombrit ce tableau relativement à la qualité des emplois occupés: «C'est celui du taux de précarité qui montre le nombre de gens qui ne détiennent pas de postes à temps complet: ils sont 52 % à statut précaire contre 48 % à temps complet.»
«Cette précarité se reflète dans l'insécurité d'emploi, dans des conditions d'accès à la formation en cours d'emploi qui sont différentes, dans le manque de disposition sur la sécurité d'emploi dans bien des cas et dans des années et des années de travail dans des conditions précaires avant d'accéder à un statut permanent à temps complet. Chez les profs du collégial, il y a du monde en attente de poste depuis 13 ans et qui n'en ont pas encore de façon permanente; c'est assez atypique par rapport à ce que l'on peut retrouver dans le reste des milieux de travail et c'est à se demander si on tolérerait cela bien longtemps dans des milieux qui sont plus masculins.»
Les luttes à réaliser
«En premier, elles doivent obtenir des mesures de conciliation famille/travail… À cet égard, le secteur public, malgré son haut taux de féminité, est loin d'être un employeur exemplaire. À peu près tout le monde, dans tous les réseaux et dans toutes les catégories d'emplois, réclame de telles mesures; il y a un besoin criant de plusieurs dispositions à appliquer.»
«Je dirais que c'est là tout ce qui a trait à la pénurie de main-d’œuvre et à la surcharge de travail. Une association patronale du réseau de la santé a fait conduire une enquête sur ces surcharges qui démontre que 76 % des salariés se plaignent de celles-ci… On veut évidemment des postes qui soient remplacés et se départir des agences de placement qui présentent des difficultés en matière des services à offrir à la population; les gens qui travaillent pour celles-ci sont là de façon plus aléatoire et sont moins familiers avec les protocoles de travail, les lieux, etc.»
Extraits tirés du Devoir, le 6 mars 2010, Syndicalisme: une fonction publique au féminin par Réginald Harvey